Que sait-on de la qualité des sites potentiels
de baignade le long du Saint-Laurent?
Depuis un certain nombre d’années, on note une amélioration
de la qualité bactériologique de l’eau du
Saint-Laurent en divers endroits. Ce progrès résulte
en partie des efforts entrepris par les municipalités riveraines
pour traiter leurs eaux usées, principalement entre les
années 1978 et 1995. Aujourd’hui, la presque totalité
des Québécois (98,9 %) desservis par un réseau
d’égouts municipal voit ses eaux usées traitées
par une station d’épuration61.
Cependant, la qualité bactériologique de l’eau
des plages du Saint-Laurent n’a toujours pas atteint le
niveau souhaité, particulièrement à cause
des débordements des réseaux municipaux d’égouts
par temps de pluie et de la non désinfection de certains
effluents municipaux62. La contribution
des autres sources de pollution dans la contamination microbiologique
du Saint-Laurent, notamment les eaux de ruissellement en milieu
urbain et agricole, demeure difficile à évaluer63.
Une étude, réalisée en 1995, indique que
l’aménagement des plages situées le long du
secteur d’eau douce du Saint-Laurent ainsi que leur fréquentation
varient fortement d’un endroit à l’autre56.
Certaines ne sont fréquentées que par quelques personnes
tandis que d’autres, comme celles de Saint-Thimothée
et du Cap-Saint-Jacques, près de Montréal, attirent
plus de 40 000 baigneurs au cours de la saison estivale. Dans
le secteur d’eau salée du Saint-Laurent, Tadoussac,
Grandes-Bergeronnes, Les Escoumins et Pointe-Lebel, sur la rive
nord, de même que Trois Pistoles et Sainte-Luce, sur la
rive sud, sont très populaires36.
La qualité bactériologique
de l’eau d’une plage peut varier de façon appréciable
au cours d’un même été.
Le ministère de l’Environnement du Québec
a suivi, durant quelques étés, la qualité
bactériologique de divers sites potentiels de baignade
le long du Saint-Laurent, sélectionnés selon divers
critères : plages historiques, plages anciennement surveillées,
sites actuellement utilisés, présence d’un
accès public, qualités esthétiques et potentiel
global. Ce suivi a démontré, au cours des étés
1999, 2000 et 2001, que 54 %, 39 % et 34 % des sites respectivement
échantillonnés, présentaient un potentiel
intéressant pour la baignade. Cette étude a par
ailleurs mis en évidence le lien entre les précipitations
et la contamination bactériologique de l’eau, démontrant
de nouveau l’importance des facteurs météorologiques
sur la
contamination ponctuelle de l’eau du fleuve64,
65, 66.
À l’aide d’un modèle mathématique,
des chercheurs ont tenté de déterminer la quantité
de précipitations nécessaire pour provoquer un dépassement
du critère de qualité lié à la baignade
à l’Île Saint-Quentin (Trois-Rivières).
Ils ont ainsi fait ressortir l’importance de fermer la plage
au public pour une période de 24 heures, le surlendemain
d’une pluie abondante, c’est-à-dire, d’une
pluie de plus de 10,5 mm. Les résultats de cette étude
viennent appuyer l’importance de prévoir un certain
délai entre les débordements d’eaux usées
non traitées et la réouverture du site de baignade67.
Une surveillance étroite de la qualité des sites
de baignade est donc souhaitable afin de pouvoir en évaluer
les fluctuations.

Il existe plusieurs endroits le long du Saint-Laurent
où la qualité de l’eau est très acceptable
pour la pratique d’activités récréatives.
|
| Un
site présentait un potentiel intéressant pour
la baignade lorsque le potentiel était considéré
bon ou très bon.
Le potentiel d'un site est considéré très
bon si la baignade y est possible à une
fréquence supérieure ou égale à
70 % et si la moyenne géométrique saisonnière
correspond à une qualité bactériologique
excellente (classe A : 0 à 20 coliformes fécaux
/ 100 ml) ou bonne (classe B : 21 à 100 coliformes
fécaux / 100 ml).
Le potentiel d'un site est considéré bon
si la baignade y est possible à une fréquence
supérieure ou égale à 70 % et si la
moyenne géométrique saisonnière correspond
à une qualité bactériologique médiocre
(classe C : 101 à 200 coliformes fécaux /
100 ml).
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Depuis 1999, la Ville de Montréal procède à
l’analyse bactériologique de l’eau des rives
qui ceinturent l’île de Montréal et l’Île
Jésus, ce qui comprend les secteurs de la rivière
des Prairies, de l’Île Bizard, du lac Saint-Louis,
du bassin de La Prairie, du port de Montréal et de la rivière
des Mille-Îles (côté sud). En 2001, huit tournées
d’échantillonnage ont été réalisées
entre les mois de juin et d’octobre. Bien que de nombreux
dépassements du critère de baignade aient été
enregistrés sur la rivière des Prairies, les résultats
obtenus indiquent que la qualité bactériologique
a été excellente dans les eaux du lac Saint-Louis
et du bassin de La Prairie68.
En somme, les évaluations bactériologiques réalisées
à divers endroits le long du Saint-Laurent semblent démontrer
que plusieurs d’entre eux présentent un potentiel
fort acceptable pour les activités récréatives
entraînant un contact avec l’eau. Cependant, le rejet
d’eaux usées non traitées, les débordements
de réseaux d’égouts ou d’usines d’assainissement
des eaux lors de pluies abondantes, la présence de nombreux
goélands et canards, les périodes de canicule et
l’achalandage élevé, sont autant d’éléments
qui peuvent rapidement affecter la qualité microbiologique
de l’eau. C’est pourquoi, la qualité de l’eau
d’une plage peut varier de façon appréciable
au cours d’un même été. Dans ce contexte,
les analyses bactériologiques régulières
constituent une façon d’établir si l’eau,
dans un site donné, représente un risque pour la
santé des usagers.

La sécurité lors d'activités nautiques
En 2002, 60 % des baigneurs ont accédé au Saint-Laurent
par une plage publique tandis que seulement 27 % se sont baignés
là où se trouve un sauveteur1.
Or, il est bien connu que certains endroits posent un risque pour
la sécurité, en raison des courants ou des remous,
par exemple. D’ailleurs, de nombreux décès
par noyade surviennent dans un environnement non surveillé
par des sauveteurs.
La navigation de plaisance sur le Saint-Laurent est pratiquée
par plus de 500 000 riverains (17,5 %), la majorité d’entre
eux utilisant des embarcations à moteur. Compte tenu de
l’étendue du plan d’eau, de ses caractéristiques
physiques particulières (courants, marées, brume
fréquente, vents, etc.), de la présence d’une
voie navigable par la marine marchande, la navigation sur le Saint-Laurent
peut représenter un risque non négligeable pour
la sécurité des plaisanciers. L’enquête
de 2002 indique que le port du gilet de sécurité
varie grandement d’un type d’embarcation à
l’autre. En effet, ceux qui le portent le plus souvent sont
les plaisanciers utilisant des embarcations à rame ou à
voile1. Par ailleurs, 25 % des
plaisanciers ont déjà suivi une formation en sécurité
nautique, proportion qui devrait augmenter au cours des années,
compte tenu de la nouvelle obligation prévue à cet
effet par le Règlement sur la compétence des
conducteurs d’embarcation de plaisance de la Loi
sur la marine marchande du Canada.

Les niveaux d'eau : une préoccupation
et une incitation à l'adaptation1
En 2002, une bonne proportion des riverains des
secteurs de la métropole (14 %) et du corridor fluvial
(23 %) aurait été personnellement affectée,
de façon plus ou moins importante, par la baisse des niveaux
d’eau du Saint-Laurent. Étant plus directement en
contact avec le Saint-Laurent, les usagers de ses ressources (baigneurs,
plaisanciers et pêcheurs) sont plus sensibles aux variations
du débit et du niveau de l’eau.
Les principaux impacts ressentis par les riverains
sont la détérioration de la qualité de l’eau,
les problèmes d’accès, les contraintes à
la navigation de plaisance ainsi que l’atteinte à
l’intégrité de la faune aquatique ou de la
nature en général. Le tiers des riverains qui ont
été personnellement affectés par la baisse
des niveaux d’eau aurait entrepris différentes mesures
pour réagir ou s’adapter à la situation. Ces
démarches sont multiples et répondent à diverses
préoccupations (modification des lieux de pratique des
activités, adaptation de l’embarcation, etc.), mais
la principale mesure adoptée semble être la réduction
volontaire des habitudes de consommation d’eau.