2.1 La baignade et les sports nautiques
Le Saint-Laurent a déjà été un pôle
d’attraction fort intéressant pour la baignade. Toutefois,
il a été graduellement délaissé en
raison de la fermeture de nombreuses plages qui s’avéraient
très polluées ainsi que de changements sociaux importants
comme la privatisation des berges, la diversification des activités
de loisir, l’expansion urbaine et un meilleur accès
aux piscines. Cette activité demeure malgré tout
assez populaire à certains endroits du secteur d’eau
salée du Saint-Laurent de même qu’en amont
de Montréal. En 2002, 9% de la population riveraine, soit
près de 268 000 personnes, se sont baignées dans
le Saint-Laurent. Bien que ce nombre inclut également les
personnes qui pratiquent d’autres activités nautiques
entraînant un contact avec l’eau, comme
le véliplanchisme, le ski nautique et la plongée
sous-marine, la très grande majorité de ces gens
vont au Saint-Laurent pour se rafraîchir ou s’y baigner1.
La popularité de la baignade au Saint-Laurent varie toutefois
grandement d’une région à l’autre compte
tenu des conditions climatiques, de la qualité de l’eau,
de la facilité d’accès ou des habitudes de
vie des populations locales. Quoi qu’il en soit, ce sont
les gens de la région du Golfe (un peu plus de 27 % de
la population) qui se baignent le plus dans le Saint-Laurent.
Selon ce même sondage, plus de la moitié des riverains
(58 %) estiment que les risques pour la santé associés
à la baignade dans le Saint-Laurent sont élevés,
ce qui représente une diminution par rapport à la
proportion observée lors de l’enquête réalisée
en 1995 (65 %). Cependant, le pourcentage de gens qui considèrent
que ces risques sont inexistants a également diminué,
passant de 3 %, en 1995, à moins de 1 %, en 2002. Il semble
par ailleurs qu’environ une personne sur trois (36 %)
se baignerait dans le Saint-Laurent si elle était informée
que la qualité de l’eau y était propice à
la baignade1, 50.
Aucune recherche n’a jusqu’ici démontré
que la présence de très faibles concentrations de
contaminants chimiques dans les eaux de baignade en milieu naturel
pouvait constituer un risque pour la santé des baigneurs
occasionnels. Par contre, la présence de certains micro-organismes
(bactéries, virus, protozoaires ou autres parasites) dans
ces eaux est considérée depuis longtemps comme un
facteur de risque pour l’apparition de différents
problèmes de santé.
Au Québec, la surveillance de la qualité des eaux
de baignade en milieu naturel est assurée par le ministère
de l’Environnement du Québec, par l’entremise
du programme Environnement-Plage. Pour être admissible au
programme, une plage doit être exploitée à
des fins de baignade, accessible au public et reconnue comme étant
sécuritaire. L’exploitant de la plage a pour tâche
d’informer sa clientèle en installant une affiche
qui indique la date du dernier échantillonnage et la cote
de la qualité bactériologique des eaux. La municipalité
a, quant à elle, la responsabilité d’interdire
l’accès aux plages dont les eaux sont jugées
insalubres51. En 2002, plus
de 400 plages publiques étaient admissibles au programme,
dont une dizaine sur le Saint-Laurent. De celles-ci, cinq étaient
situées en eau salée, particulièrement en
Gaspésie, et cinq en eau douce, essentiellement à
la hauteur du lac Saint-François52.

Les goélands : une menace pour la qualité
des plages?53, 54
Le goéland à bec cerclé, un oiseau communément
rencontré le long du Saint-Laurent, est porteur de plusieurs
micro-organismes pathogènes pour l’homme tels que
: Salmonella, Aeromonas, Campylobacter, Pseudomonas, Yersinia
et Staphylococcus. De ce fait, il est possible que des problèmes
de salubrité soient observés lorsque
des efforts ne sont pas maintenus pour limiter la présence
de ces oiseaux sur les plages. Des études réalisées
dans la partie d’eau douce du Saint-Laurent ont d’ailleurs
démontré que les goélands peuvent, par le
biais de leurs excréments, contribuer à la contamination
microbiologique des eaux de récréation. Les auteurs
de ces études recommandent de limiter les sources de nourriture
près des aires de baignade afin de ne pas y attirer les
goélands. Des plages propres, des poubelles fermées
et l’interdiction de nourrir les oiseaux sont des moyens
simples qui devraient permettre de prévenir ce type de
problèmes.


Les fleurs d'eau de cyanobactéries (algues bleuesb)55
Les cyanobactéries sont des organismes aquatiques qui
croissent le plus souvent dans des milieux où l’eau
est calme ou immobile, de température relativement élevée
et riche en phosphore. Lorsqu’elles abondent en surface
de l’eau, les cyanobactéries peuvent former une masse
appelée « fleur d’eau» qui, dans certains
cas, ressemble à un déversement de peinture de couleur
généralement verte ou turquoise.
L’intérêt que l’on porte aux cyanobactéries,
d’un point de vue de santé publique, vient du fait
qu’elles peuvent produire des toxines. Certaines d’entre
elles, lorsqu’elles sont ingérées, peuvent
causer des dommages au foie (hépatotoxines) ou au système
nerveux (neurotoxines), alors que d’autres composantes peuvent
avoir pour effet d’irriter la peau (endotoxines). Or, certaines
activités récréatives (baignade, planche
à voile, ski nautique, etc.) peuvent entraîner une
exposition cutanée de même qu’une ingestion
d’eau accidentelle.
La présence de cyanobactéries et de toxines (neurotoxine
et hépatotoxine) a été recherchée
dans les bassins versants de trois tributaires du fleuve, soit
les rivières L’Assomption, Châteauguay et Yamaska.
Les résultats ont révélé que le risque
était peu élevé dans l’ensemble des
bassins versants à l’étude, mais ont toutefois
indiqué la présence de concentrations appréciables
de cyanobactéries dans des zones de baignade des lacs Waterloo
et Brome, du bassin de la Yamaska. À certains moments,
l’abondance de cyanobactéries s’y est avérée
suffisamment importante pour représenter un risque pour
les personnes y pratiquant des activités récréatives
entraînant un contact avec l’eau. Cependant, les résultats
de cette étude doivent être interprétés
comme un portrait ponctuel des conditions susceptibles d’être
rencontrées dans ces plans d’eau.
b Plusieurs auteurs utilisent
également la désignation « algue bleu-vert
» du terme
anglais « blue-green algae ».